Égalité de droit, égalité des chances

Discours de clôture, Assemblée des délégués PDC, Lucerne, 29 mars 2003

Discours, DFJP, 29.03.2003. Les paroles prononcées font foi

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Délégués,

égalité de droit, égalité des chances.

Voilà deux valeurs fondamentales de notre société et de notre parti. Ces deux valeurs requièrent de nous une vigilance quotidienne, un engagement de tous les instants dans tous les domaines de l'existence.

Pourtant, la vie est souvent semée d'obstacles pour les personnes handicapées dans notre pays.

Nous n'avons pas assez de structures adaptées à leurs besoins, pas assez d'accès facilités aux bâtiments publics, pas assez de prestations de service conçues pour les divers types de handicaps.

Mais nous manquons aussi souvent de compréhension, de sensibilité, de prévenance vis-à-vis des personnes handicapées.
Alors l'égalité de droit et l'égalité des chances demeurent trop souvent un rêve pour les personnes handicapées. Leur expérience quotidienne leur enseigne tout autre chose : les obstacles et même les discriminations sont aujourd'hui encore réalité.
Nous devons tous nous dresser contre les discriminations qui subsistent encore. Nous devons nous mobiliser pour l'égalité de droit et l'égalité des chances entre personnes handicapées et personnes non handicapées. Nous avons du retard à rattraper. Nous avons besoin de règles d'application générale - nous avons besoin de lois.

La loi doit remplir deux objectifs, qui sont parfaitement réalisables :

  • permettre aux personnes handicapées de pouvoir se déplacer dans les espaces publics sans difficultés
  • leur donner un accès plus facile au monde du travail et à la vie sociale.

Or nous avons donné une tournure concrète à ces deux idées en élaborant une loi raisonnable et efficace, la loi sur l'égalité pour les handicapés.

Cette loi est une contribution substantielle à la compréhension, à l'assimilation des exigences des personnes handicapées.
Car il ne suffit pas d'édicter, puis d'appliquer des prescriptions légales. Il faut que chacun les comprenne, les accepte, les vive. Par le biais de la loi sur l'égalité pour les handicapés, nous développons la compréhension, la sensibilité et la prévenance vis-à-vis des personnes handicapées.

Par le passé, des négligences ont été commises. Mais il ne sert à rien de pleurer sur le passé. Nous ne pouvons pas le changer. Il faut regarder de l'avant.

La nouvelle loi incite l'état et les particuliers à réparer les erreurs du passé et les soutient dans cette tâche. Elle reste cependant raisonnable, tant pour ce qui est du champ d'application que des délais.

C'est là faire un pas dans la direction des employeurs, des propriétaires d'immeubles, des communes, des restaurateurs, etc.

Or, nous allons voter sur une initiative populaire << Droits égaux pour les personnes handicapées >> le 18 mai 2003. Pourquoi ?
La question se pose en effet.

Pour les auteurs de l'initiative, la loi ne suffit pas. Ils l'ont qualifiée de << tigre de papier >>. Ils sont même allés jusqu'à formuler le slogan suivant : << Le 18 mai, la Suisse se décide pour ou contre les handicapés >>.

Je dois dire que je suis amèrement déçue par ces revendications et par ces allégations.

Cette loi n'est pas inconsistante - elle n'est pas un simple morceau de papier ! Et dès son entrée en vigueur, elle montrera les dents ! Elle est conçue pour les personnes handicapées, pas contre elles.

Elle apportera des améliorations concrètes.

Reprocher aux adversaires de l'initiative populaire d'être contre les personnes handicapés est non seulement une affirmation malveillante mais aussi une déclaration racoleuse en pleine année électorale.

Ceux qui se sont engagés en faveur de la loi n'ont pas mérité cette accusation, qui, personnellement, me blesse.

Les améliorations apportées par la loi seront progressives mais constantes, avec suffisamment de temps pour que personne ne soit contraint de faire plus qu'il ne peut. Elle développera une dynamique qui nous permettra d'avancer d'un pas constant vers la réalisation de l'égalité des droits et des chances entre les personnes handicapées et les personnes non handicapées.

Et l'initiative populaire ? Elle veut tout à la fois - et tout tout de suite. C'est irréaliste et déraisonnable.

Elle ne va pas au-devant des personnes impliquées dans cette problématique et ne pousse pas à plus de compréhension, de sensibilité et de prévenance.

Pour ce qui est du libre accès à l'emploi ou de l'intégration dans le monde du travail, les auteurs de l'initiative font naître des espoirs qui ne pourront pas être réalisés. En effet, même si l'initiative est acceptée :

  • il n'y aura pas plus de postes de travail pour personnes handicapées ;
  • ces dernières ne bénéficieront d'aucune protection particulière lors de l'engagement ou contre le licenciement.

En conclusion, leur argumentation est fallacieuse.

Les conséquences financières sont aussi un point à ne pas négliger, tant celles de l'initiative que celles de la loi. Certes, je dois le reconnaître : les coûts sont un argument de peu de poids par rapport aux améliorations en jeu.

Cependant, l'initiative, précisément, causerait des coûts tels qu'ils ne manqueraient pas d'assombrir durablement le dialogue et la compréhension entre les personnes handicapées et non handicapées.

Les auteurs de l'initiative ne sont pas plus en mesure que moi de faire une estimation sérieuse des coûts. Une seule chose est claire : si vraiment l'initiative apporte plus que la loi, ce sera seulement avec des conséquences financières bien plus grandes dans les domaines les plus divers.

Le débat public autour de cette initiative a contribué de manière appréciable à sensibiliser l'opinion aux légitimes besoins des personnes handicapées.

C'est là un point positif à inscrire au bilan de l'initiative.

Elle a maintenant rempli sa mission en ce qui concerne l'égalité de droit et l'égalité des chances entre personnes handicapées et non handicapées.

Ne nous préparons pas un avenir imprévisible !

Je vous conseille donc, Mesdames et Messieurs les Délégués, de vous mobiliser contre l'initiative sur les handicapés.