"Nous devons aussi augmenter les places de détention"

Interviews, DFJP, 16.05.2011. Le Matin Dimanche

Le Matin Dimanche: "Avec son nouveau projet pour raccourcir la procédure d’asile, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga réussira-t-elle là où ses prédécesseurs ont échoué?La ministre, qui ne voulait pas de ce Département lors de son élection l’automne dernier, ne craint en tout cas pas l’adversité."

Vous voulez ouvrir des centres fédéraux pour héberger les requérants d’asile et offrir une procédure plus rapide. C’est la solution miracle de Simonetta Sommaruga?

En matière de politique d’asile, il n’y a pas de solutions miracles. Mais je tiens à relever qu’avoir trouvé, dans la commission des institutions politiques, une unanimité autour d’un thème aussi controversé que l’asile est réjouissant. Naguère, on pouvait à peine en parler ensemble tant les positions de chaque parti étaient figées. Maintenant, j’admets que la barre est placée très haut. Le Parlement attend beaucoup de nous et il y a encore du travail.

Surtout, tout le monde attend de savoir où seront ces nouveaux centres. Vous avez déjà une idée du nombre et de leur répartition géographique?

Nous ne souhaitons pas de gigantesques centres. Plusieurs lieux seront concernés, mais il est encore trop tôt pour en parler. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une esquisse. Un projet plus concret sera présenté d’ici à fin 2012 et il est clair que nous ne pouvons pas agir seuls. Nous avons besoin de l’aide des cantons pour trouver les meilleures solutions. Ce sera le prochain pas important.

Les cantons justement. Ils ont déjà de la peine, actuellement, à augmenter les capacités d’accueil de quelques dizaines de places. Vous avez votre propre recette pour y parvenir?

Mais personne ne veut continuer comme aujourd’hui. Les requérants d’asile, eux, ils sont là. La question est de savoir qui s’en occupe. La Confédération propose de s’en charger. Pour les cantons, ce sera donc un grand soulagement. De plus, si la direction prise est maintenue, les procédures iront plus vite, les gens partiront donc aussi plus vite, et c’est un deuxième soulagement pour eux. Les avantages étant évidents, je pense qu’on pourra convaincre.

Tous les acteurs de l’asile le disent: le problème, c’est de renvoyer des requérants déboutés. Votre projet n’y répond pas?

La durée des procédures est un frein aux départs. Il n’y a pas besoin de trop de fantaisie pour imaginer la difficulté de partir pour une personne qui est là depuis longtemps. Les retours seront ainsi plus faciles à organiser directement depuis nos centres, ce qui soulagera encore une fois les cantons qui s’occupent de cette tâche onéreuse et tout sauf agréable.

En plus des centres fédéraux, vous n’excluez pas la construction d’établissements de détention en vue des renvois. Ça ne fait pas beaucoup de centres?

Si on veut vraiment être efficace, il faut effectivement envisager davantage de places de détention. Les cantons, qui doivent faire preuve de solidarité pour accueillir des centres d’enregistrement, devraient afficher la même solidarité à cet effet. A la fin, chacun pourrait offrir quelque chose et on aura une solution crédible. Pour moi, la crédibilité est la notion la plus importante dans le domaine de l’asile. On ne veut pas jeter les gens dehors, ce n’est pas ça du tout. Mais on veut des procédures rapides et justes. Si on y arrive, on aura le soutien de tous.